La vie, c'est       Paris! Paris,        c'est la vie!

La boîte enchantée ?

Vous connaissez certainement la flute enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart mais connaissez-vous aussi la boîte enchantée de Delphine Ernotte ? Le 1er février à 20h35, la patronne de France Télés - en compagnie de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot et du président du CSA Roche-Olivier Maistre- fait sortir un lapin de son chapeau : Culturebox, une chaine culturelle éphémère. Pourquoi éphémère ? Parce qu'elle doit vous enchanter seulement jusqu'à la réouverture des salles de théâtre, cinéma, musées etc. en France, pour trois mois dans un premier temps. Dédiée complètement au spectacle vivant, la chaîne est accessible gratuitement sur le canal 19 de la TNT et sur la plateforme de France Télévisions 24 heures sur 24 - sous forme de vidéo majoritairement. A l'exception de « L'émission », une production live à 20h10 du lundi au vendredi avec cinq invité-e-s du monde culturel, présentée par la Parisienne Daphné Bürki (née en 1980) et l'homme à chapeau Raphäl Yem (né en 1981 à Caen des parents cambodgiens) qui forment désormais le couple Bonnie & Clyde de la culture.

A l'heure actuelle de la fermeture totale de tous les lieux culturels dans le pays (à part des bibliothèques !), Roselyne Bachelot (née en 1946 à Nevers) est confrontée à la grogne du peuple de la culture et son public en détresse. L'art, au même titre que la santé, participe à soigner l'âme humaine, revendique la dernière pétition lancée le 2 février par les musées sous la houlette de l'historienne de l'art Emma Lavigne (née 1968 à Versailles), présidente & directrice du Palais de Tokyo depuis septembre 2019. https://toutelaculture.com/actu/entrouvrir-les-portes-des-musees-la-petition-du-palais-de-tokyo/ La charismatique grande dame de la rue de Valois a du travail sur la planche, jusqu'aux élections présidentielles en avril 2022. Rappelons que la docteure en pharmacie est devenue d'abord femme politique dans les rangs de la droite classique et ensuite, à l'âge de la retraite, elle a même entamé une nouvelle carrière d'animatrice de radio & de télé du privé. C'est donc à 74 printemps que le 2e gouvernement macroniste sous Jean Castex l'engage, pour faire oublier à la fois le scandale des constructions illégales autour de l'éditrice franco-belge Françoise Nyssen (née en 1951) en poste de mai 2017 à octobre 2018 et le passage rapide de l'homme politique parisien Franck Riester (né en 1974) en poste d'octobre 2018 à juillet 2020, d' « un bilan discret », selon La Croix (du 6 juillet 2020). Sachez qu'une autre dame de culture Rima Abdul-Malak (née en 1978 au Liban) est active comme conseillère culture et communication à l'Elysée. La culture française semble dans les mains des femmes politiques qui aiment le spectacle vivant.

Regardez de près cette boîte enchantée ( https://www.francetelevisions.fr/et-vous ):

la matinée programme la diffusion de documentaires, l'après-midi offre la rediffusion de programmes culturels phare de France Télévisions et le début de soirée est marqué par un magazine quotidien d'actualité culturelle intitulé « L'émission ». Quant à la soirée, il y a des spectacles, des visites d'exposition, des concerts ainsi que des inédits issus du catalogue du groupe public. D'ailleurs, une thématique est proposée par jour : lundi du théâtre, mardi du classique (opéra ou ballet), mercredi de la musique, jeudi du spectacle urbain, vendredi de l'humour, samedi des grands concerts et dimanche des musées. Et le tout sans pub...ou presque, c'est-à-dire un programme « peut bénéficier d'éventuels parrainages » (dixit dans la Lettre Service Public n°1009 du 4 février 2021). Lors de la première semaine, avant et après le magazine live, il y a en effet toujours une publicité, pardon un parrainage, de Chanel à voir. Le succès de cette boîte enchantée est difficilement à juger, après seulement une petite semaine. Sa programmation est sans aucun doute très variée, notamment en termes de qualité. La soirée peut être superbe comme celle de la danse urbaine d'Ousmane Sy ou ratée comme celle consacrée à l'humour. A suivre ! https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/culturebox-opera-theatre-ce-que-vous-pourrez-voir-sur-la-chaine-ephemere-de-france-televisions-31-01-2021-8422226.php Pourtant, une chose est claire, Culturebox est ni concurrence à Arte, véritable chaîne culturelle franco-allemande, ni concept nouveau car il existe bel et bien déjà depuis 2008. Il s'agit d'un site Internet créé par France 3 transformé en plateforme d'actualité et de contenus vidéo en matière de culture par France Télévisions, cinq ans plus tard. Cette ancienne plateforme nommée « chaine dédiée à la culture » a pris la place du canal 19 sur la TNT, laissée libre par la chaine France Ô arrêtée définitivement en septembre 2020 et qui va se transformer en plateforme sous peu... https://www.vie-publique.fr/en-bref/275934-television-arret-des-programmes-de-france-o La différence entre une vraie chaine de télé publique et une plateforme (payante comme Netflix ou gratuite mais pleine de pub comme YouTube) n'est plus à démontrer. Autrement dit, à la place d'une boîte enchantée vous ouvrez la boîte de Pandore. 

Fin de la capitale de l'exception culturelle française ?

Le 15 décembre dernier, le monde du spectacle prend la Bastille -au moins symboliquement, afin de protester contre la prolongation de la fermeture des lieux de culture. En fait, il semble incompréhensible pour cette partie de la population que le gouvernement favorise sans aucune logique le commerce et le culte au détriment de la culture, dans un pays mondialement connue pour son « exception culturelle ». Historiquement parlant, ce concept date de 1959 sous la présidence du général de Gaulle nommant l'aventurier parisien André Malraux (1901-1976) ministre de la Culture. Le premier dans l'histoire de la France et en poste pendant dix ans:

J'ai écrit jadis : la culture ne s'hérite pas, elle se conquiert. Ce qui doit nous unir, c'est l'objet de cette conquête.

https://www.culture.gouv.fr/Nous-connaitre/Decouvrir-le-ministere/Histoire-du-ministere/L-histoire-du-ministere/Les-ministres/Andre-Malraux Sa politique culturelle vise en première ligne la sauvegarde du patrimoine, en particulier celle de la capitale, car la France est passionnée par l'histoire, notamment la sienne. Ensuite, la création des nouvelles Maisons de la Culture à travers le pays, selon le modèle de la première Maison de la culture fondée à l'initiative du journaliste parisien et homme politique communiste Paul Vaillant-Couturier (1892-1937) à Paris, en 1935. En 3e position se trouve la promotion de l'industrie de cinéma, déjà entamée en 1946 par la création du centre national de la cinématographie (CNC). Rappelons en passage que le 7e Art est né à Lyon mais la première projection publique organisée par les frères Lumières -précurseurs du cinéma- avait lieu à Paris le 28 décembre 1895. https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/cinema-il-y-a-125-ans-l-avant-premiere-des-freres-lumiere_4236371.html

Le domaine du cinéma témoigne mieux que n'importe autre domaine culturel de l'ambition politique de promouvoir et surtout de subventionner la culture et la langue française (face à l'anglais et la culture américaine). Il en résulte que la France dispose sans aucun doute du plus grand parc de salles en Europe (3e dans le monde) et jusqu'à l'arrivée de la pandémie actuelle, son industrie cinématographique a été plus importante que celle de l'automobile. Sachez que Paris compte autour de 85 cinémas dont 38 classés Art et Essai. https://www.paris.fr/pages/le-cinema-a-paris-2347/ Leurs propriétaires sont majoritairement issu-e-s du monde cinématographique français ou étranger telle la productrice de films Sophie Dulac ou Marin Karmitz issu d'une famille juive de Roumanie (fondateur de salles MK2) ou le tout dernier Charles S. Cohen, un promoteur immobilier et producteur de films américain d'une fortune de 3,5 milliards USD en 2020 qui veut faire revivre le seul cinéma du 7e, la Pagode en version de 1896 (livraison du projet vers 2022/23 et équipé d'un bar à vin à la place du salon de thé). https://www.leparisien.fr/paris-75/paris-la-pagode-promise-a-une-renaissance-exemplaire-04-06-2020-8329857.php Paris est indéniablement la capitale européenne la plus cinéphile où les cinémas ouvrent leurs portes dès 9h le matin jusqu'à minuit et où le public est régulièrement invité à des festivals, des projections-débats, des Avant-premières, parmi d'autres événements. La « Ville Lumière » s'est imposée aussi comme le lieu préféré des tournages de films (cinéma, Télé, Web) au niveau de productions nationales et internationales, notamment américaines. Or, cette activité est fortement réglementée depuis 2008. Ainsi au moins deux acteurs/actrices d'origine française doivent figurer dans ces films. Hélas, l'année 2020 entre comme une année noire dans l'histoire du cinéma français, en termes de véritable catastrophe économique : 65,1 millions d'entrées contre 213,07 en 2019, par conséquent une chute de 70% à cause de deux confinements. L'annulation du Festival de Cannes (créé en 1946 en réaction au festival de Venise fondé en 1932 par un entrepreneur d'orientation fasciste) ainsi que l'interdiction des tournages complètent le désastre. Entretemps, un-e sur deux Français-e-s se sont abonné-e-s à Netflix ou/et Disney+. Les nombreuses productions américaines ne risquent désormais pas seulement d'écraser les films français/francophones dans les salles de cinéma mais également sur les écrans à la maison. Autrement dit, la victoire assurée du cinéma commercial sur le cinéma indépendant.

Quels sont les autres secteurs marqués par la politique de l'exception culturelle ? Il en a beaucoup mais il vaut la peine de souligner l'important de deux dont la littérature (prix unique du livre, les prix littéraires prestigieux, deux rentrées littéraires par an, réseau de bibliothèques gratuites) et l'art contemporain (création des FRAC à travers le pays) (cf. chiffres du ministère de la Culture https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Etudes-et-statistiques/Publications/Collections-d-ouvrages/Chiffres-cles-statistiques-de-la-culture-et-de-la-communication-2012-2020/Chiffres-cles-2020 Cependant, depuis des années 90, les gouvernements successifs de droite comme de gauche ont commencé à imiter le modèle anglo-saxon qui abandonne la culture aux acteurs privés - très souvent contre des avantages fiscaux et pour permettre de changer leur image. Grace à cette nouvelle politique « culturelle », l'entreprise Total- parmi les plus grands pollueurs de la planète- est devenue un grand mécène du Louvre. L'analyse de la situation globale des musées parisiens municipaux reflète davantage ce changement, à travers le personnage de Christophe Girard. Cet homme politique et d'affaires sans complexe (exposant son portrait nu dans son bureau à la mairie !) devient l'adjoint à la culture en 2001 sous le maire Bertrand Delanoë et reste tranquillement en poste chez Bernard Arnault (LVMH). Jusqu'à sa démission due au scandale autour de l'auteur pédophile Gabriel Matzneff en été 2020, sous la maire Anne Higaldo fraichement réélue grâce aux voix des écologistes, le pouvoir politique et économique de l'industrie de luxe dans la scène culturelle parisienne est très important. A l'heure actuelle, la Bourse de Commerce - nouvelle collection privée de François Pinault - attend son ouverture, empêchée par la crise sanitaire depuis des mois. La suite de l'histoire avec la nouvelle adjointe Carine Rolland !

Pendant des années, l'influence grandissante à travers le mécénat a sans aucun doute énormément modifié la politique culturelle de la France et son appartenance à l'Union européenne prônant une politique économique commune de privatisation de tous les services publics (la culture incluse) fait le reste. Depuis Malraux, aucun-e ministre de culture a repris le flambeau à l'exception de Jack Lang (80 ans) - depuis 25 janvier 2013 président de l'Institut du Monde Arabe. Sous François Mitterrand, le premier président socialiste de la 5e République, il défend le financement important dans les secteurs de la culture. Et des mesures de protections des produits culturels. On lui doit le prix unique du livre, la fête de la musique et la promotion de l'art de rue. Pourtant, cela n'empêchera pas une privatisation galopante du secteur culturel également organisée par l'Etat. Pour en citer qu'un exemple, en août 1990, Culturespaces - une entreprise privée, filiale d'Engie (anciennement GDF et Suez)- voit le jour. Elle gère 14 établissements culturels (musées & des monuments historiques), 30 ans plus tard. https://www.culturespaces.com/fr/home A Paris où se trouve son siège dans le 8e arrondissement, cette entreprise très florissante s'occupe de la gestion de deux lieux de prestige de la capitale: primo, le musée Jacquemart-André et secundo, l'Atelier des Lumières, premier centre d'art numérique. Après la mort de son mari, la peintre Nélie Jacquemart (1841-1912) continue seule la collection d'art du couple et en fait un legs à l'Institut de France, avant sa mort en 1912. Un an après, son musée ouvre ses portes et rencontre un grand succès. Sa gestion sera confiée en 1996 à Culturespaces. Suite à cette nouvelle gestion, l'accès au musée est devenu relativement cher, le lieu n'offre pas de gratuité lors du premier dimanche du mois et ne pratique peu de réduction en faveur d'un public précaire, pourtant initialement ciblé par sa fondatrice issue d'une famille modeste. https://www.jaimemonpatrimoine.fr/fr/module/81/642/nelie-jacquemart-femme-et-collectionneuse-d-exception

Inutile de souligner que l'offre culturelle de Paris est particulièrement riche et qu'aucune autre ville française ne peut se comparer avec elle sur ce plan. Gouvernance centraliste oblige, toute politique culturelle doit servir tout d'abord à la capitale. https://www.paris.fr/pages/paris-capitale-mondiale-des-arts-et-de-la-culture-5774 Néanmoins, depuis plusieurs années, l'investissement dans la culture cible davantage le soutien du tourisme culturel combiné par un shopping de luxe (sans oublier l'excursion obligatoire à Disneyland, parc de loisir américain ouvert en 1992) que la population parisienne et française. En 2019, la capitale a accueilli 38 millions de touristes. Malgré le fait que la France représente le pays le plus visité au monde, aucun gouvernement n'a encore créé un véritable ministère de tourisme, pour transformer un tourisme de masse en tourisme durable (à l'heure actuelle, c'est le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères qui s'occupe du tourisme). Il est important de souligner que le secteur de la culture présente 22% du PIB - contre seulement 7,2 % du PIB pour le tourisme- et 630.000 emplois. Les choix politiques lors de la crise sanitaire ont mise en danger de mort de la culture. Lors de la manifestation du 15 décembre sur les marches de l'opéra, une manifestante a tenu une pancarte : La culture est ma religion, laissez-moi la pratiquer ! Hélas, le conseil d'Etat a refusé la réouverture des lieux d'art et de culture demandée par un référé-liberté par les professionnel-le-s du théâtre dont le Monfort. Il y a peu d'espoir pour la réouverture fin de janvier.

Pour conclure, même si le constat est triste, mais sans volonté politique et financement adapté venant de l'Etat, l'exception culturelle de la France va simplement disparaître bientôt et avec elle l'accès à la culture pour toute la population. La défense de sa langue et de la Francophonie est déjà plus active à Montréal qu'à Paris où la culture est devenue une marchandise comme une autre dont le privé s'en charge, en assurant la diffusion numérique de Netflix et des chaines privées par les 5G. Une citation du célèbre roman 1984 de George Orwell à méditer:

Pour que l'égalité humaine soit à jamais écartée, pour que les grands, comme nous les avons appelés, gardent perpétuellement leurs places, la condition mentale dominante doit être la folie dirigée.

Paris en pleine tempête d'automne ou de la guerre contre la liberté de presse jusqu'à l'article 24 de la loi « Sécurité globale »

Dans le pays des droits de l'Homme (dit « droits humains » dans les autres pays francophones), cette histoire peu glorieuse commence en même temps que la prise du pouvoir du jeune président inexpérimenté Macron (39 ans) le 14 mai 2017, par son projet d'éloignement des journalistes du Palais de l'Elysée, autrement dit du cœur du pouvoir de la République. C'est immédiatement perçu comme une déclaration de guerre, à peine déguisée par un prétexte de manque de place, par la classe médiatique. Cependant, cette menace ne chagrine guère l'ensemble des médias, puisque le nouveau chef de l'Etat construira rapidement son propre système de communication, à l'instar des présidents américains à la Maison Blanche, basée sur une stricte sélection de journalistes trié-e-s sur le volet, notamment venant de la presse people (Paris Match, Gala, Closer etc.). Ainsi, dès le début, l'image du couple présidentiel est exclusivement gérée par Michèle dit Mimi Marchand, surnommée la « mamarazzi » de 70 ans à l'époque. Faire différemment que ses prédécesseurs semble un leitmotiv de sa politique ambitieuse. Néanmoins, Macron doit se confronter rapidement à des limites insoupçonnées : la création d'un statut officiel de Première Dame à l'instar de la First Lady aux Etats-Unis pour sa conjointe Brigitte (née en 1953 à Amiens d'une famille de chocolatiers) est abandonnée, sans débat, suite aux protestations massives de la population à travers d'une pétition en ligne. Par contre, il lui faut quand-même deux ans de réflexion et des rapports conflictuels avec la presse, pour que le maintien de la salle de presse dans la cour de l'Elysée soit finalement annoncé.

Cette décision n'est nullement prise par hasard à ce moment précis où le pays entier est secoué par l'impressionnant mouvement de protestation des gilets jaunes, ininterrompu pendant tous les samedis dès octobre 2018. Affaibli et en chute libre dans les sondages, le président a fortement besoin de la coopération de tous les médias, afin de créer un climat d'apaisement. Il se montre par conséquent pour la suite plus accessible, c'est-à-dire à la fois aux médias du privé - largement favorable à sa politique - ainsi qu'aux médias du service public. Cela n'empêche pas que le ministère de la Culture et de la Communication se charge activement en même temps de mettre en œuvre la réforme de ces médias de l'Etat, à savoir la fusion de France Télévisions, Radio France, l'INA (Institut national de l'audiovisuel) et France Médias Monde. Dès début 2021, l'audiovisuel public sera regroupé au sein d'une sorte de « BBC à la française » sous forme de holding baptisé « France Médias ». Seulement les chaînes d'Arte et de TV5 Monde vont garder leur indépendance car elles sont issues des partenariats internationaux, en l'occurrence avec l'Allemagne pour l'une et avec des partenaires francophones (Belgique, Suisse, Québec et autres) pour l'autre. Cette fusion met, par conséquent, fin à l'indépendance des autres quatre institutions, car le gouvernement va retirer au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) le pouvoir de designer leurs dirigent-e-s, pour le confier aux conseil administration de ces sociétés.

A l'heure actuelle, France Télévisions et Radio France sont dirigées par la cheffe d'entreprise Delphine Ernotte (née en 1966) d'une part et par la haute fonctionnaire Sibyle Veil (née en 1977, même promotion de l'ENA que Macron) d'autre part. Le seul mot d'ordre pour les deux PDG-présidentes est « contrôle » : des finances bien sûr et en même temps des programmations. Certes, la surpression des émissions critiques et le licenciement des journalistes (de nombreux humoristes notamment chez France Inter) qui gênent ne date pas de hier. Pourtant il y a une nette accélération sous le gouvernement macroniste. Il faut savoir que la presse écrite se trouve déjà exclusivement dans les mains des hommes d'affaires français et étrangers, à l'exception du Canard enchaîné, journal satirique paraissant le mercredi depuis 105 ans, et du Monde diplomatique. Ce mensuel critique d'informations et d'analyses fondé en mai 1954 publie chaque année sa fameuse carte des médias français affichant l'ensemble des propriétaires, pour ne citer que Bernard Arnault, Vincent Bolloré et Patrick Drahi parmi les milliardaires français. Dans un avenir proche, le pluralisme de la radio et des télévisions publiques sont concrètement en danger : en août 2020, la suppression de deux chaînes France 4 (seule programme destiné exclusivement aux enfants) ainsi que France Ô (programme ultramarin pour la population d'Outre-mer) est décidée et puis rapportée jusqu'en 2021, à cause de la crise sanitaire. En effet, lors du confinement, les médias du service public ont un rôle très important à jouer, à savoir d'informer objectivement sans pression du gouvernement, en toute indépendance. Une tâche très compliquée dans le contexte actuel car à la crise sanitaire s'ajoute une crise économique, culturelle et sociale. Notons en passage que la suppression des partenariats gênants (par exemple entre France Inter et la populaire « Fête de l'Huma ») est déjà devenu réalité ainsi que le clap du fin des émissions de journalisme d'investigation tel que « Pièce à conviction » sur France 3 - officiellement des victimes des restrictions budgétaires et l'annonce d'un journalisme de « solution ». Espérons que l'humoriste belge, l'insolente Caroline Vanhoenacker, peut travailler encore un petit moment chez France Inter : le rire est le meilleur arme contre le désespoir.

Après la déclaration de guerre au corona virus le 17 mars suivie d'un premier confinement de 55 jours jusqu'au 11 mai, le chef de l'Etat subit un échec cuisant suite à la défaite de son mouvement En marche ! (LREM), lors du second tour des élections municipales le 28 juin. Quatre mois plus tard, lors du 2e confinement éclate la plus grande crise politique issue du dernier voire 2e remaniement du gouvernement : l'important virage à droite (d'une ligne politique qui s'est présentée en même temps de gauche et de droite !) est principalement incarné par la nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l'Intérieur. Le fait qu'il est visé d'une plainte de viol classée sans suite provoque sans tarder une grande mobilisation des féministes dans tout le pays. En revanche, l'opposition au parlement acclame haut et fort le départ de la communicante franco-sénégalaise Sibeth Ndiaye (née en 1979 à Dakar) : l'ancienne porte-parole du gouvernement a affirmé publiquement d' « assumer mentir, pour protéger » le président, autrement dit de justifier ses fake news à la Trump. Ensuite, la période d'apaisement avec les journalistes se termine d'un seul coup par une proposition de loi « Sécurité globale » à l'initiative de Gérald Darmanin dont l'article n°24 stipule l'interdiction de la diffusion des images de policiers en service. Un article qui vise directement la liberté de la presse, car la révélation des images choquantes en matière de bavures policières (cf. affaire Benalla, le tabassage de Michel Zecler etc.) constitue la seule arme, à la fois des victimes et des journalistes. Suite à la mobilisation surprenante- d'ailleurs majoritairement de la jeunesse et des femmes- en faveur de la « Marche de Liberté » du 28 novembre dans les rues de toute la France, l'article en question -déjà voté !- va être retravaillé au parlement. A suivre !

Pour conclure, à 16 mois des prochaines élections présidentielles, de multiples mouvements sociaux en France luttent pour « une rupture avec un système présidentiel anti-démocratique » (Edwy Plenel sur A l'Air libre de Mediapart le 2 décembre) qui concentre trop de pouvoir dans les mains d'une seule personne. Face à une atmosphère de populisme voire de totalitarisme dans les quatre coins de la planète, l'importance des médias indépendants est primordiale pour assurer la liberté de la presse. Sans cette liberté, pas de démocratie ! Le passé récent de l'Europe fasciste a largement démontré le danger de la propagande, en d'autres termes, le danger des médias totalement contrôlés par l'Etat : La liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas (devise du Canard enchaîné).