Brève(s) histoire(s) de la culture française

04/06/2018

Quelle surprise (hélas désagréable !) d'écouter le 30 mai l'émission de Jean-François Cadet sur RFI faisant l'éloge d'un petit livre fraîchement publié chez Grasset qui résume en 40 dates/ chapitres l'histoire de la culture française : Brèves histoires de la culture de Jérôme Clément (présent) et Jean Rozat (absent), « une invitation à découvrir ou redécouvrir les grands chapitres du roman national ». https://www.rfi.fr/emission/20180530-jerome-clement-culture et https://www.franceculture.fr/emissions/breves-histoires-de-la-culture (à écouter gratuitement)

Or, cette jolie version du roman national- déjà diffusée sur France Culture sous forme de chroniques durant chaque fois quelques minutes- a un méga hic : sa vision 100% masculine voire misogyne. Ainsi, parmi les 40 dates/chapitres, seulement deux sont consacrés à une Grande Femme : Niki de Saint -Phalle et ses Nanas en 1965 ainsi que Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie française en 1980, soit 345 ans après sa création. Notez le bien, seulement deux événements majeurs conjugués au féminin, tous les autres font l'hommage au sexe masculin, depuis le serment de Strasbourg datant du 14 février 842 : l'acte de naissance de la langue française (rédigé en français et en allemand !) et, par conséquent, de la culture française, puisque la langue & la culture sont indissociables.

https://www.lexilogos.com/serments_strasbourg.htm

En fait, ce point de départ franco-allemand s'impose naturellement, de la part d'un ancien président de la chaîne franco-allemande ARTE : Jérôme, né le 18 mai 1945 a fait toute sa carrière dans le milieu culturel, après ses études politiques et l'ENA. Il espère toujours -même à l'âge de 73 ans- le poste suprême du ministre de la culture... (un homme n'est jamais trop âgé pour un bon poste !). Pourtant, avant de peut-être pouvoir remplacer Françoise Nyssen, née le 9 juin 1951 à Etterbeek (Belgique), éditrice et femme politique franco-belge actuellement très critiquée, le candidat à son poste prestigieux devrait réviser le plus vite possible l'histoire de la culture au féminin de son pays et pourquoi pas celle de l'Allemagne. Cela peut servir, notamment face à un couple franco-allemand Merkel-Macron si proche (et les deux sont couronné-e-s par le célèbre prix Charlemagne - quel dommage que leur vision de l'Europe n'a rien de culturel!). https://www.culture.gouv.fr/ et https://www.karlspreis.de/fr/

Regardons maintenant de près ces deux évènements majeurs au féminin en 1965 et 1980 :

L'artiste franco-américaine Niki de Saint-Phalle, née en 1930 à Neuilly d'une mère américaine et d'un père français qui la violé à l'âge de 11 ans, est morte d'un cancer dû à l'inspiration de substances nocives durant son travail artistique, en 2002 en Californie. C'est en 1965 qu'elle fait naître ses sculptures féminines monumentales. Cependant, ces Nanas ont du mal à convaincre le public français de l'époque. En revanche, le musée Sprengel d' Hanovre les achète avec joie et lance ainsi sa carrière. Pour cette raison, l'artiste gardera pendant toute sa vie une relation privilégiée avec ce musée allemand. https://www.sprengel-museum.com/painting_and_sculpture/niki_de_saint_phalle/index.htm

Quant à l'écrivaine de trois nationalités, née en 1903 à Bruxelles d'une mère belge et d'un père de la Flandre française, elle passera la majorité de sa vie aux Etats-Unis, plus précisément à partir de 1939, avec l'amour de sa vie l'Américaine Grace Frick rencontrée en 1937 à Paris, jusqu'à sa mort en 1987. En 1970, elle est élue à l'Académie royale de Belgique.

Imaginez un instant le vote de la première immortelle au Quai Conti, institution surnommée la « tribu des quarante mâles ». Ce vote historique leur restera pour toujours dans la mémoire : au premier tour au troisième fauteuil, en remplacement de Roger Caillois, 20 voix contre 12 à Jean Dorst (zoologiste et directeur du Muséum d'histoire naturelle), trois bulletins marqués d'une croix et un bulletin blanc. Savourez le commentaire de Jean d'Ormesson : « C'est un écrivain plus qu'une femme qui entre sous la Coupole » (Le Figaro du 7 mars 1980). Quelle chance que Yourcenar vivait aux Etats-Unis et ne pouvait pas déranger la tribu. Contrairement à l'heure actuelle, les immortels doivent même supporter cinq « femelles » dont la philosophe Barbara Cassin qui vient d'être élue au 36e siège. Au moins Hélène Carrère d'Encausse leur sert comme secrétaire. Voilà l'éternel féminin....

Au 21e siècle, réduire encore aux Grands Hommes l'histoire culturelle d'un pays (en excluant donc les Grandes Femmes) est une insulte à la moitié de notre société et ne mérite surtout pas de publicité par une radio du service public - payé par les impôts de tous & toutes ! https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2004-1-page-45.htm

https://information.tv5monde.com/terriennes/barbara-cassin-devient-la-neuvieme-femme-elue-l-academie-francaise-235273