Le triomphe du haricot ou comment il est arrivé à Paris

06/02/2018

Le printemps commence au Japon le 3 février et la nuit qui précède s'appelle Setsubun. A cette occasion, les Japonaises & Japonais éparpillent des haricots de soja dans leur maison afin de chasser les mauvais esprits du foyer. Après cette tradition de Mamemaki, chacun-e mange autant de haricots que son âge, pour éviter des problèmes de santé pendant l'année à venir et s'assurer une longue vie. Inutile de chercher des traditions liées aux légumineuses en France. En revanche, vous trouvez facilement à l'aide du Larousse deux expressions : « C'est la fin des haricots » (la fin de tout) et « Courir sur les haricots » (importuner, agacer). Ainsi le haricot n'est donc point un légume sec ordinaire. Bien le contraire, sa fulgurante carrière remonte à plus de 10.000 ans dans certaines contrées du globe, parce qu'il est facile à cultiver, à récolter et à conserver. C'est à Cuba, en 1492, que Christophe Colomb le découvrit. Les conquistadores le rapportèrent ensuite en Europe à la fin du 15e siècle. Selon le journaliste-écrivain Jérôme Goust*, le haricot passa par Rome et le Vatican, avant d'arriver en France : « Puis Catherine de Médicis l'apporta dans sa corbeille de mariage lorsqu'elle épousa le futur roi Henri II en 1533 ». Grâce à cette Reine francophone, née à Florence en 1519 sous le nom de Caterina Maria Romola di Lorenzo de'Medici et éduquée au Vatican, ce grain magique fut cultivé à la Cour de France et devint un légume majeur, en éliminant peu à peu ses concurrents... (en politique cette méthode d'élimination des adversaires est toujours à la mode). Avant de mourir au château de Blois à l'âge de 69 ans et de reposer pour l'éternité à la Basilique de Saint Denis, Catherine de Médicis jouait un rôle très important sur le plan politique ainsi que culturel. Héritière des goûts des Médicis pour les arts, elle est considérée comme l'une des plus grands mécènes du XVIe siècle français. En ce qui concerne sa grande passion pour l'architecture, hélas, ses somptueuses constructions à Paris & en Ile-deFrance (son palais des Tuileries, la chapelle des Valois à Saint-Denis, les châteaux de Montceaux et de Saint-Maur) ont toutes disparu. Par conséquent, pour admirer son goût, il faut visiter le château de Chenonceau (ce célèbre château des Dames !) situé près de Tour. Néanmoins, attendez le printemps et mangez en attendant des haricots...

*Article paru dans la revue Nature & Progrès, sept.-octobre 2017, p.41.