Paris versus Berlin en temps de crise : gouvernance centraliste ou fédéraliste ?

09/12/2020

La crise sanitaire à l'exemple du corona virus permet d'illustrer parfaitement la problématique très complexe de la gouvernance d'un Etat, en l'occurrence celle de la République française centralisé et celle de la République fédérale d'Allemagne. En France, pays le plus centralisé de l'Europe, le pouvoir politique, économique ainsi que culturel est concentré à Paris, fidèle au légendaire cri de Louis XIV « L'Etat, c'est moi ! ». L'héritage de l'absolutisme oblige, toutes les décisions du gouvernement - incarné par son président omnipuissant (qui déclare même la guerre sans devoir passer par le parlement !) - sont jusqu'aujourd'hui prises systématiquement par rapport à la capitale au détriment de la province, comme on appelle peu respectueusement l'ensemble du reste du pays.

Savourez cette citation de Jean de La Bruyère, moraliste parisien du 17e siècle : « Les provinciaux et les sots sont toujours prêts à se fâcher, et à croire qu'on se moque d'eux ou qu'on les méprise: il ne faut jamais hasarder la plaisanterie, même la plus douce et la plus permise, qu'avec des gens polis, ou qui ont de l'esprit. »

La gestion calamiteuse de la pandémie par deux ministres de Santé, du manque de masques jusqu' au 2e confinement, démontre clairement qu'on ne peut pas gérer de la même façon la région du Lot & Garonne comme celle de l'Ile-de-France. Les conséquences actuelles sont d'ailleurs dramatiques sur le plan humain et économique.

En Allemagne, la gouvernance fédérale à l'instar des Etats-Unis ou de la Suisse délègue des domaines existentiels dont la santé, l'éducation et la culture à ses Laender. En ce qui concerne la culture, la diversité de régions se reflète naturellement dans la variété voire richesse de l'offre culturelle d'un Land et, avant tout, souligne son importance pour sa population. Contrairement à la France, les librairies allemandes restent ouvertes lors du confinement, car la nourriture intellectuelle est aussi importante que la nourriture tout court (lors de l'annonce du 2e confinement, le président français n'a pas perdu une seule phrase concernant la culture...).

Quant au domaine de l'éducation, chaque Land gère également son propre système scolaire et universitaire. Il serait impossible de supprimer dans tout le pays la formation pédagogique des professeur-e-s comme l'a fait le ministre de l'éducation français Blanquer, sous le gouvernement de Sarkozy (Holland a annulé cette aberration mais Blanquer est à nouveau en poste sous Macron est œuvre fortement à nouveau en faveur d'une privatisation du secteur de l'éducation à l'américaine).

En matière de santé la différence entre un régime fédéral et un régime centralisé est encore plus évidente. Gérer la crise sanitaire uniquement de la perspective de Berlin est impensable, même si la chancelière Angela Merkel essaye à l'heure actuelle d'imposer plus de mesures sanitaires à tout le pays.

En attendant la fin de la guerre contre le virus, il est important de souligner que nous ne vivons pas seulement dans une époque de crise sanitaire mais également de crise démocratique où le populisme à la Trump monte dangereusement à l'échelle mondiale et malheureusement aussi en Europe voire en France, seulement un Etat fédérale représente un rempart démocratique indéniable contre ce danger! En revanche, un Etat centralisé risque d'abuser de son pouvoir sans contre-pouvoir.