Vendredi noir du 29 mars 2019

01/04/2019

Silence ! Moteur ! Ça tourne ! Bien ancré dans le calendrier parisien, le scénario semble d'abord parfait d'un week-end de fête : les deux protagonistes sont la pyramide du Louvre -fêtant son 30e anniversaire - & la Dame de Fer celui de 130. La météo est idéale, soleil à gogo. Tout va bien jusqu'au vendredi à midi quand la radio annonce le « clap de fin » de la pionnière de la Nouvelle Vague à 90 balais (souvenez-vous de sa fête de 80 ans dans la rue Daguerre. https://www.drame.org/blog/index.php?2008/05/31/960-agnes-varda-et-ses-80-balais ). Le choc pour les ami-e-s de ses films est énorme et douloureux. Par contre, les réactions des médias français sont aussi immédiates que bien formulées à l'avance, depuis un moment (pour ne citer que l'exemple du quotidien Le Monde https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/03/29/la-realisatrice-agnes-varda-pionniere-de-la-nouvelle-vague-est-morte_5443036_3246.html). Cependant, la presse étrangère n'est pas à la traîne non plus : El País de l'Espagne https://elpais.com/cultura/2019/03/29/actualidad/1553856699_702910.html ou The Guardian de l'Angleterre https://www.theguardian.com/film/2019/mar/29/agnes-varda-oscar-nominated-french-new-wave-director-dies-aged-90 et beaucoup d'autres quotidiens internationaux font l' éloge de la grande photographe, cinéaste et plasticienne française, née le 30 mai 1928 dans un quartier de Bruxelles. Elle est la « Greatest of the Great », selon The Guardian. Il faut admettre que le grand public dans son propre pays connaît plutôt la coiffure bicolore étrange d'Agnès Varda que ses films sublimes- fictions et documentaires confondus. Cela explique facilement pourquoi elle n'avait jamais eu des grands succès commerciaux en France, à l'exception de « Sans toit ni loi » (Lion d'or au Festival de Venise en 1985).

L'ironie du sort : c'est à la Cinémathèque française, haut lieu de la testostérone nationale antiféministe, où aura lieu une cérémonie le 2 avril, avant son enterrement à 14h au cimetière du Montparnasse. Rappelez-vous qu'en 2013, cette institution du développement de la culture cinématographique (qui ignore fermement la question du genre !) a monté une rétrospective ainsi qu'une grandiose exposition portant sur « le monde enchanté de Jacques Demy » (1931-1990) son mari, en cachant son travail à elle dans une petite vitrine. Personne n'a donc songé d'organiser une exposition commune sur ce couple de cinéastes !? Tant pis, à la fin de sa carrière, elle aura obtenu la reconnaissance de ses pairs à l'échelle internationale et tous les grands prix du cinéma (Oscar, Palme d'Or etc.) quand même... https://www.cinematheque.fr/cycle/le-monde-enchante-de-jacques-demy-103.html

La disparition de cette rebelle du 7e Art laisse un grand vide dans le cinéma français, déjà mal au point depuis quelques années, au profit de Netflix, Amazone et Co prêts à remplacer les grands écrans des salles obscures par les petits écrans d'ordinateur plus rentables. Ainsi va disparaître le 3e pilier du travail d'Agnès Varda : le partage (cf. Varda par Agnès, son dernier film documentaire de 2019 présente son testament de cinéaste). https://www.cine-tamaris.fr/

Epilogue du week-end de fête ratée : sachez que l'installation de JR -son acolyte du film Visages, Villages (2017, https://www.franceinter.fr/culture/visages-villages-de-jr-et-agnes-varda-film-bouleversant-ou-nombriliste` )- autour de la pyramide du Louvre n'a pas tenu longtemps. En revanche, même après 130 ans, la tour de Gustave Eiffel continue à dessiner un A comme Agnès dans le ciel de Paris, afin de nous inviter à (re)voir sa maison dans la rue Daguerre, sa tombe et avant tout ses films. Un vrai pèlerinage devrait aller à La pointe courte de Sète où elle a tourné son premier film en 1954, le véritable début de la Nouvelle Vague.https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/agnes-varda-les-setois-se-souviennent-de-son-premier-film-la-pointe-courte_3257679.html